Assemblage robotisé : les opérations à automatiser en priorité sur une ligne

Toutes les opérations d'assemblage ne se valent pas face à la robotisation. Le tri se fait sur la tolérance d'insertion, la stabilité de la présentation et la nécessité d'un contrôle en ligne.

Une ligne d'assemblage comporte rarement une opération unique. Elle enchaîne des insertions, des vissages, des clipsages, des dépôts de produit et des contrôles. Robotiser la ligne entière est presque toujours une mauvaise idée en première approche. Robotiser les deux ou trois opérations qui concentrent le temps, les rebuts ou la pénibilité en est presque toujours une bonne.

Les quatre familles d'opérations, par ordre de difficulté

Le transfert et la mise en position. C'est la famille la plus simple. Le geste est un déplacement, les tolérances sont larges, la vérification est immédiate. C'est aussi la famille qui libère le plus de temps sur les lignes manuelles, parce qu'elle occupe beaucoup sans rien apporter.

Le vissage et l'insertion à tolérance confortable. Le robot apporte de la constance de couple et de profondeur, avec une traçabilité que le geste manuel ne fournit pas. La difficulté vient du démarrage du filet et du risque de vissage de travers, qui se traite par la conception du support et par un outil à compensation.

Le dépôt de produit. Colle, joint, graisse. La régularité est bien meilleure qu'en manuel, à condition que la surface soit propre et la trajectoire stable. La difficulté vient de la gestion du produit lui-même : viscosité qui varie avec la température, purge en début de poste, nettoyage de buse.

L'insertion à tolérance serrée et l'assemblage souple. Câbles, joints toriques, pièces déformables. C'est le domaine le plus exigeant, où le taux de réussite dépend de stratégies de recherche et de capteurs d'effort. Il ne se traite pas en première robotisation.

Le critère de tri le plus utile

Une question résume la faisabilité : que se passe-t-il si la pièce est présentée avec un écart d'un millimètre.

Si l'opération réussit malgré tout, elle est robotisable simplement. Si elle échoue, il faut soit améliorer la présentation, soit ajouter un moyen de détection et de correction, et le coût change d'ordre de grandeur.

Ce test, appliqué à chaque opération de la ligne, produit un classement plus fiable que toute considération de cadence.

La présentation des composants, poste critique

Un robot ne cherche pas une pièce, il va la prendre là où on lui dit qu'elle est. La façon dont les composants arrivent détermine donc la moitié du projet.

Quatre modes de présentation existent, du plus économique à l'usage au plus souple. Les alvéoles et les magasins garantissent la position et suppriment tout besoin de détection, mais imposent un conditionnement en amont. Les bols et convoyeurs vibrants orientent les pièces mécaniquement, avec un réglage sensible et une usure. Les convoyeurs plats associés à une vision localisent les pièces posées en vrac plat, solution souple mais qui suppose des pièces non enchevêtrées. La prise en vrac profond, enfin, est possible mais reste le cas le plus exigeant en temps de cycle et en fiabilité.

Le contrôle en ligne, souvent oublié dans le chiffrage

Un assemblage automatisé sans contrôle transfère le problème plus loin dans le processus. Trois contrôles se justifient presque toujours.

La présence du composant précédent, avant l'opération suivante. C'est le contrôle le moins cher et celui qui évite le plus de rebuts en cascade.

Le résultat de l'opération elle-même : couple et angle atteints pour un vissage, présence et continuité pour un cordon.

La conformité finale de l'ensemble, dont la profondeur dépend des exigences du client.

Ces contrôles produisent des données qui, remontées et conservées, servent au-delà de la qualité : ils permettent de détecter une dérive avant qu'elle ne produise des rebuts. Le traitement de ces données doit respecter le cadre applicable dès lors qu'elles peuvent être rattachées à des personnes, ce que la CNIL documente pour les dispositifs de suivi en milieu professionnel.

Concevoir la pièce pour l'assemblage automatisé

Le levier le plus rentable n'est pas dans la cellule, il est dans le bureau d'études.

Quatre principes simples changent radicalement la faisabilité. Une pièce dissymétrique ne peut être montée que dans le bon sens. Un chanfrein d'entrée transforme une insertion serrée en insertion guidée. Une surface plane et propre offre un point de préhension par ventouse. Un composant qui ne peut pas s'enchevêtrer avec ses semblables se présente en vrac sans difficulté.

Ces évolutions coûtent peu quand elles sont décidées au moment de la conception, et deviennent impossibles une fois l'outillage amorti.

Le séquencement du projet

L'approche qui limite le risque consiste à robotiser une opération, la stabiliser, puis passer à la suivante.

Cette progression a trois avantages. Elle produit un gain mesurable rapidement, ce qui facilite les arbitrages suivants. Elle permet à l'équipe de monter en compétence sur un périmètre restreint. Elle évite que l'ensemble de la ligne dépende d'une mise au point unique dont le retard bloque tout.

Elle suppose en revanche d'avoir prévu dès le départ l'architecture de communication entre postes, sans quoi chaque ajout devient une reprise complète du dialogue entre machines.

Le dialogue entre les postes

Une ligne robotisée par étapes n'est performante que si les équipements se parlent. Cette architecture de communication se décide au premier poste, alors qu'elle ne servira vraiment qu'au troisième.

Trois questions structurent le choix. Quel automate ou quel superviseur porte la logique d'ensemble. Quel protocole relie les équipements, et est-il commun à tous les fournisseurs pressentis. Quelles informations remontent, au-delà des signaux de synchronisation.

Cette dernière question est la plus rentable à long terme. Un poste qui remonte simplement son état marche ou arrêt permet de piloter la ligne. Un poste qui remonte aussi ses temps de cycle, ses défauts et ses résultats de contrôle permet de l'améliorer.

Le poste de reprise

Aucune ligne d'assemblage automatisée ne fonctionne à cent pour cent. Une part des pièces sort en défaut, et la façon dont elles sont traitées décide du rendement réel.

Deux organisations coexistent. La reprise en ligne, où un opérateur corrige immédiatement, convient aux défauts simples et fréquents mais impose une présence permanente. La reprise différée, où les pièces sont évacuées vers un poste dédié, libère la ligne mais suppose une traçabilité pour savoir ce qui a été repris et comment.

Le choix se fait sur le taux attendu et sur la nature des défauts. Il se décide à la conception, parce qu'il détermine l'espace, l'évacuation et le nombre de personnes autour de la ligne.

AVIS DES LECTEURS

Cet article a été noté 4,4 sur 5

4,4 sur 5 · 198 avis

Cet article vous a été utile ?

Commentaires

No comments yet